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Le Coin des libraires - #87 Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Après avoir accroché à Richard Montanari avec son roman Confession, voici Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Déjà, est-ce qu'on parle de la couverture ? J'étais à la base dubitative quand j'ai vu la nouvelle charte graphique des thrillers du Cherche midi, mais en fait, une fois l'objet en main, je ne peux qu'adhérer ! Le style est épuré, le format est un peu plus petit qu'avant - ce qui est top, ça me permet de pouvoir emmener le livre avec moi, puisque désormais, il rentre dans ma pochette spéciale livre haha ! 
Bref, je suis fan et en plus, étant donné que les livres sont dans la même gamme de couleurs, ça fait juste trop bien dans la bibliothèque - alors que demande le peuple ? 

Je trouvais le titre du roman assez intrigant, ça m'a d'ailleurs fait penser à Dennis Lehane et son Ils vivent la nuit & Quand vient la nuit - j'ai vu l'adaptation cinématographique du premier, mais je ne les ai pas lus. Dans tous les cas, j'avais envie de savoir ce qu'il allait bien pouvoir se passer. 
Surtout que ce roman est qualifié de thriller psychologique et même si j'avais bien aimé Sous ses yeux de Ross Armstrong, je voulais un vrai thriller psychologique, une vraie histoire de fou ou du moins, une intrigue qui tient en haleine ! 


Lors des funérailles de leur mère, Jess retrouve sa sœur Emily, perdue de vue depuis près de quinze ans. Elle lui propose de venir habiter chez elle et son mari, James, dans leur maison de l’île de Wight. Le soir du Nouvel An, le couple part faire la fête et laisse Emily avec leur bébé, Daisy. Lorsqu’ils rentrent, au petit matin, la police est là. Daisy a disparu. Le cauchemar commence. Bien vite, le commissaire Jacobs, en charge de l’enquête, relève des incohérences dans les récits des uns et des autres. Entre secrets et mensonges, les relations entre les protagonistes se fissurent peu à peu au cours d’un huis clos éprouvant. Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?

En virtuose du suspense psychologique, Isabel Ashdown joue un jeu pervers avec son lecteur, qui suspecte les personnages les uns après les autres, avant qu’un des nombreux rebondissements vienne relancer la donne. Une révélation !



Je ne connaissais pas du tout Isabel Ashdown auparavant, ce qui est sans doute normal puisque Juste avant la nuit est son premier roman publié en France. Je dois dire que je suis bien contente que le Cherche midi ait décidé de le publier, pour la simple et bonne raison que c'était une vraie bonne lecture ! 

On suit au départ un récit à deux voix, celui de deux soeurs, Emily l'aînée et Jess, la cadette, qui, après de longues années sans s'être vues, se retrouvent lors d'un enterrement. 
Jess finit par habiter chez Emily qui semble avoir une petite vie parfaite, un homme que beaucoup de femmes aimeraient avoir, une belle-fille tout à fait géniale et un nouveau née absolument adorable. Pourtant, dès le début cette image de perfection se fissure - et quand je dis début, j'entends vraiment début. 

L'auteure a gagné énormément de points grâce à ça, on n'a pas de longue mise en place, non, dès le prologue l'ambiance est posée, on sent les problèmes et ça part directement, chose que j'adore dans un thriller. 
Bon après, c'est vrai qu'au début j'ai eu un peu de mal à retenir les personnages, on nous immerge tellement vite que c'est un peu comme si on connaissait déjà la petite famille, ce qui n'est évidemment pas le cas. Et puis personnellement, j'ai trouvé que le prologue nous perd un peu dans sa narration, mais une fois passé une vingtaine de pages, on est dedans et c'est top ! 

Je l'ai commencé assez rapidement après l'avoir reçu, je ne peux pas me l'expliquer, mais j'avais très envie de savoir ce qu'il avait dans le ventre, et ce sentiment d'impatience s'est poursuivi durant toute ma lecture. Dès que je refermais le livre, j'avais envie de le reprendre pour le dévorer et savoir ce qu'il en était, qui était réellement coupable, qui est fautif pour la disparition de la petite Daisy, etc. C'est toujours un tas de questions que l'on se pose et c'est vrai qu'au bout d'une centaine de pages, j'ai eu cette crainte : et si ce livre était une sorte de copie de La fille du train de Paula Hawkins

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai pensé à ça, peut-être parce que j'ai eu l'impression de retrouver la même atmosphère oppressante, le même type de personnages (une famille d'apparence parfaite, de gros secrets...), mais surtout, parce que j'ai eu énormément peur que ce soit le mari le coupable, ce qui, disons-le, m'aurait clairement gênée. 
Et puis, plus largement, je pense que c'est la plume qui m'a donné ce sentiment, mais qu'on ne s'y trompe pas, Juste avant la nuit est tout à fait différent et si vous voulez savoir, je l'ai trouvé un chouia meilleur que La fille du train - roman que j'ai pourtant bien aimé, même si j'ai été déçue de la tournure des événements. 


Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown, éditions Cherche midi.


Juste avant la nuit, c'est la promesse d'un roman rempli de secrets de famille, de non-dits et de fautes non avouées. C'est un mélange de secrets et presque de complots - je pense à Emily qui a la médaille du mépris, ce personnage est tout simplement abject. 
Et pourtant, ce qui est génial c'est que tout ne se résout véritablement qu'à la fin. Durant les trois-quarts du livre on est là à faire des conjectures, à se demander ce qui est arrivé à Daisy évidemment, mais plus encore, à se demander ce qu'il s'est passé entre Emily et Jess. Pour le coup, ce sont vraiment les flashbacks qui m'ont plu, leur jeunesse, les différences entre les deux femmes, entre une Emily populaire, extravertie et une Jess effacée et suiveuse. 

Un autre point fort réside dans l'aspect psychologique, outre les caractères des personnages, leurs actions et les événements qui en résultent, Isabel Ashdown donne l'occasion de découvrir un phénomène qu'on trouve assez peu dans la littérature, du moins exploité à ce point et de cette façon : la syncope vasovagale, ce qui n'est autre qu'une perte de connaissance. Ce petit élément est extrêmement important dans l'intrigue, notamment dans la relation Emily/Jess et j'ai trouvé intéressant de l'utiliser comme l'auteure l'a fait. 

Sans m'étaler plus encore, je conclurais en disant que j'avais envie d'un thriller psychologique et que j'ai été servie. La double intrigue passé/présent fonctionne à merveille et elle permet de soupçonner tour à tour les deux soeurs (et plus largement les quatre membres de la famille) sans être vraiment sûr de quoi que ce soit avant la moitié, puis la fin. 
J'ai trouvé intéressant aussi que le récit soit découpé en deux, on sent bien une progression dans l'intrigue et ça s'enchaîne plus encore jusqu'à la fin. 

Je ne m'attendais pas particulièrement à cette fin, je ne suis ni satisfaite, ni insatisfaite de l'épilogue, je suis simplement fascinée devant le talent de l'auteure. Elle est parvenue à parfaitement ficeler son intrigue et à la rendre intéressante jusqu'au bout. Pour moi, le pari est donc gagné ! 


"Il y a des jours où elle se dit qu’elle est peut-être morte et que le lieu qu’elle prend pour sa maison n’est autre que l’enfer."

Isabel Ashdown, Juste avant la nuit







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